Quand, en pleine pandémie, Colomban de Vargas, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), vous expose sur un banc du parc Monceau son idée d’une mesure planétaire et continue du microbiome océanique, quelle est votre réaction ?
« Il ne faut que quelques instants pour en saisir l’intérêt, aussi bien pour les scientifiques que pour les marins. Observer la mer sous l’angle biologique, et non plus seulement physique, contribue à développer le sens marin. Passé du côté universitaire, j’ai voulu inciter la Marine nationale à observer le vivant. Il y a une vraie attente des équipages de mieux comprendre l’environnement dans lequel ils naviguent. Les grandes expéditions scientifiques du XVIIIe siècle, qui ont tant enrichi notre compréhension du monde, ont été rendues possibles grâce aux navires de la Marine. La mission Bougainville s’inscrit dans cette tradition. Elle incarne aujourd’hui l’un des exemples les plus emblématiques de synergie entre recherche, transmission du savoir et économie maritime. Sans des mécènes tels que Naval Group, elle ne pourrait tout simplement pas exister. »
Quels sont les objectifs de la mission ?
« L’enjeu principal est de collecter des échantillons du vivant invisible sur plusieurs années, afin de constituer un jeu de données unique au monde. Les effets du changement climatique, de l’acidification ou du réchauffement des océans sont souvent évoqués. Mais quel est leur impact sur le microbiome et donc, sur l’ensemble de la chaîne alimentaire ? Se diversifie-t-il, se raréfie-t-il, migre-t-il ? Nous souhaitons croiser ces relevés avec les observations satellites de notre partenaire américain, l’Université du Maine, notamment autour des îles. C’est pourquoi les volontaires officiers aspirants (VOA) en charge des prélèvements ont été déployés autour des archipels français des océans Indien, Austral et Pacifique. La mission Bougainville se distinguera par son ampleur temporelle autant que géographique. »
Quelles sont les perspectives pour la période 2026-2029 ?
« Il est encore un peu tôt pour en détailler les contours, mais une thèse a déjà été lancée pour exploiter les données collectées. Des premiers résultats génétiques sont attendus sur cette période, qui permettront d’évaluer si le microbiome est comparable entre, par exemple, le sud-ouest de l’océan Indien et le centre du Pacifique. Varie-t-il selon les saisons, l’heure de la journée, ou d’une année sur l’autre ? Si la technologie le permet, nous envisageons également d’étendre l’étude aux microplastiques. Enfin, six nouveaux VOA seront déployés dès la rentrée prochaine pour une deuxième phase d’étude pour poursuivre les prélèvements aux côtés de la Marine nationale. »