Depuis 2023, Naval Group est mécène de la mission Bougainville, qui vise à étudier le microbiome marin à l’échelle planétaire et sur plusieurs années depuis les navires de la Marine nationale.
► Relire l’épisode 1 : Naissance d’une odyssée scientifique pour comprendre l’invisible
Vous avez embarqué fin 2023 sur un bâtiment de soutien et d’assistance outre-mer (BSAOM) de la Marine nationale pour deux campagnes de 200 jours au total. Quelles étaient vos missions ?
« Le Champlain assure le ravitaillement des îles Éparses et patrouille dans la zone Sud de l’océan Indien pour lutter contre le narcotrafic et la pêche illégale. Dès que le navire pouvait se mettre à la dérive, j’en profitais pour réaliser des prélèvements de plancton. Une fois repartis, je lançais les filtrations et les analyses, qui pouvaient prendre deux à trois heures. Sur le bateau, nous étions autant scientifiques que militaires et chaque membre d’équipage a un rôle précis. Le mien était celui d’adjoint du commandant en second : je l’aidais sur des tâches telles que la communication interne et externe. Nous avons aussi réalisé des actions de médiation pour sensibiliser à l’intérêt de ce programme planétaire de mesure et de protection de nos océans. »
Comment l’équipage a-t-il réagi à cette mission scientifique ?
« C’était une découverte pour beaucoup. Tous les marins n’ont pas développé un intérêt profond pour le plancton mais la plupart se sont montrés curieux. Il y avait un réel enthousiasme à l’idée que les bateaux permettent de mener d’autres missions lors de longs transits, qu’elles soient scientifiques ou même artistiques. »
Quel a été votre parcours avant de partir sur le Champlain ?
« Après une licence à Paris-Saclay, j’ai intégré un master d’écologie à Sorbonne Université où je me suis spécialisée en écologie marine dans les stations marines. C’est pendant ces deux années que j’ai vraiment confirmé ma vocation. Puis la mission Bougainville a lancé son appel d’offres pour le recrutement de VOA. J’étais très motivée, le jury l’a noté et j’ai été sélectionnée avec trois autres candidats parmi une bonne cinquantaine au départ. Ensuite, les entretiens militaires ont commencé et enfin, nous sommes partis en formation scientifique à la station marine de Villefranche-sur-mer pour nous familiariser avec les instruments de la mission puis à l’École navale de Brest pour la formation militaire. »
Que retenez-vous de cette formation militaire et de cette expérience à bord ?
« La Marine nationale donne un cadre et des valeurs très fortes qui m’ont plu. L’esprit d’équipe y est exceptionnel. Les liens créés sont profonds. À bord, nous n’étions jamais mis de côté. Cette expérience a confirmé mon envie d’explorer. Elle m’a aussi fait grandir. Nous étions les seuls scientifiques sur le bateau et devions prendre nos propres décisions, même si nous avions un relais pour la mission en métropole. Aujourd’hui, la vie en mer me manque comme à mes camarades VOA. »
* L’intitulé actuel de la thèse de Manon est « Étude du microbiome particulier dans les couches de surface de l'océan et dans les différentes fractions de taille du plancton ».
